Taille tôt, taille tard… mais taille en mars

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  • 20 Février 2026
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Taille tôt, taille tard… mais taille en mars

Comprendre la physiologie de la vigne pour ajuster le geste

Le dicton paysan : « Taille tôt, taille tard, mais taille en mars » nous rappelle l’importance de tailler au bon moment. Il ne s’agit pas d’une règle absolue, mais d’un repère physiologique. Pour en saisir la logique, il faut revenir à la nature de la vigne.

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La vigne, une liane forestière

La vigne cultivée (Vitis vinifera) est, à l’origine, une liane des lisières et des ripisylves. Dans son milieu spontané, elle germe en zone lumineuse puis grimpe dans les arbres grâce à ses vrilles pour atteindre la canopée. Elle développe des sarments longs, explore l’espace et fructifie sur les jeunes pousses exposées au soleil.

Son fonctionnement naturel est expansif. Elle allonge son bois, déplace progressivement sa zone de production vers l’extérieur et concentre son énergie sur la conquête de la lumière. Sans taille, la fructification s’éloigne du tronc, la végétation devient abondante et la gestion se complique. La taille intervient donc comme un outil de régulation architecturale et énergétique.

Dormance et reprise végétative

À l’automne, la vigne entre en dormance. Les feuilles tombent et les réserves sont stockées dans le tronc et les racines sous forme d’amidon. Durant l’hiver, l’activité métabolique est minimale.

Lorsque le sol se réchauffe en fin d’hiver, la pression racinaire relance la circulation de sève. Les « pleurs » de la vigne apparaissent alors sur les plaies de taille récentes : la sève brute remonte. Ce phénomène marque la sortie progressive du repos végétatif.

Tailler très tôt peut stimuler un débourrement précoce, augmentant l’exposition aux gelées tardives. Tailler tardivement, lorsque la circulation est déjà active, revient à intervenir alors que les réserves sont mobilisées. Mars correspond souvent à une période intermédiaire : les grands froids sont passés, mais la reprise complète n’est pas engagée. Ce repère reste évidemment dépendant du climat local.

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Où et comment se forme le raisin ?

La vigne fructifie sur les rameaux de l’année, issus de bourgeons formés durant l’été précédent. Le bois âgé de deux ans constitue la charpente, mais ne porte pas directement de grappes. Toute la logique de la taille consiste donc à conserver du bois de l’année précédente pour assurer la production, tout en renouvelant progressivement la structure.

La charge en bourgeons détermine l’équilibre entre vigueur végétative et rendement. Une charge excessive peut affaiblir la plante ; une charge trop faible stimule une croissance végétative importante.

Les principaux types de taille

La taille courte repose sur la conservation de coursons de un à deux yeux insérés sur une charpente permanente. Elle convient aux cépages dont les bourgeons basaux sont fertiles. Les formes en gobelet ou en cordon offrent une architecture stable et limitent l’allongement du cep.

La taille longue, comme le Guyot, consiste à conserver une baguette portant plusieurs yeux. Elle s’adapte aux cépages dont les premiers bourgeons sont peu fertiles. Le bois fructifère est renouvelé chaque année, ce qui permet un ajustement plus fin de la production.

La treille correspond à une conduite horizontale ou en pergola, fréquente dans les jardins. La vigne y développe une charpente étendue au-dessus d’un espace de vie ou le long d’un mur. On y combine généralement une structure permanente et un renouvellement annuel des bois fructifères. Cette forme permet de produire tout en créant de l’ombrage et en exploitant la vigueur naturelle de la liane.

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La vigne dans un arbre ?

Laisser une vigne grimper dans un arbre correspond à son comportement originel. Dans certains systèmes agroforestiers, cette association est recherchée. La vigne utilise le support pour accéder à la lumière et fructifier en hauteur.

Cette configuration suppose toutefois une attention particulière. Le poids du bois et des grappes, la concurrence pour la lumière et l’accessibilité de la récolte doivent être pris en compte. La vigne n’est pas parasitaire au sens strict ; elle s’appuie sur un support vivant tout en entrant en compétition pour l’espace lumineux.

Conclusion

La taille de la vigne repose sur la compréhension de son fonctionnement de liane, de sa dormance hivernale et de sa fructification sur le bois de l’année. Le repère de mars correspond fréquemment à un moment où la plante est encore en repos, mais proche de la reprise. La date exacte dépend du climat, du cépage et des objectifs de conduite.

Tailler revient à ajuster la structure et la charge en bourgeons en fonction de la vigueur observée. Le geste technique prend alors appui sur la physiologie végétale plutôt que sur une simple habitude calendaire.

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